05/08/2003

n°106

Je ne trouve pas même consolation dans l'orgueil. De quoi pourrais-je bien m'enorgueillir, puisque je ne suis pas mon propre créateur? Et même s'il y avait en moi de quoi tirer vanité, il y aurait - et bien plus encore - de quoi n'en tirer aucune.

Je gis ma vie. Et même en songe, je suis incapable d'esquisser le geste de me lever, tant je suis dépouillé jusqu'à l'âme de savoir seulement faire un effort.[…]

Pessimiste? Non, je ne le suis pas. Bienheureux ceux qui réussissent à traduire leur souffrance dans l'universel. En ce qui me concerne, j'ignore si le monde est bon ou mauvais, et cela m'est tout à fait égal, car la douleur des autres m'est indifférente autant qu'importune. Dès lors qu'ils s'abstiennent de pleurer ou de gémir (ce qui m'irrite et me gène), je n'ai pas même un haussement d'épaules pour leur souffrance - si lourd au fond de moi pèse mon mépris pour eux.

Fernando Pessoa," Le livre de l'intranquilité", t.1



22:33 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

qu'il est dur le dernier extrait mais j'aime tjs tes extraits

Écrit par : francine | 12/08/2003

Qui est Hyphen? Qui est Hyphen?

Écrit par : Hyphen | 18/08/2003

Pessoa Il faudra que m'y mette un jour... tu as fini de me convaincre

Écrit par : Outsider | 28/08/2003

Les commentaires sont fermés.