29/04/2004

conduite nocturne

Je suis toujours étonné de ma conduite nocturne, les méandres de mes pensées quand mes yeux restent, quand à eux collés sur le bitume et son liseré blanc discontinu.  Je suis toujours étonné de la matière première pensive que l'on peut accumuler tout au long d'un trajet et je m'interroge sur ma pertinence et mes capacités de conduite sous influence pensive. 
Je ne roule pas vite: cela réduirait mon champ d'applications.  Je ne me traîne non plus, en fait, j'essaie d'atteindre l'allure d'une stabilité hypnotique.  Parfois je me roule une cigarette en conduisant: acte téméraire s'il en est (essayez donc, pour voir...), réalisé exclusivement pour le plaisir du geste, en effet, après deux ou trois bouffées, le goût du tabac sature et à tendance à m'écoeurer (je n'aime décidément que très peu fumer), ce qui se traduit généralement par l'abandon du mégot et la poursuite de l'errance.  Evidement, si je vous dis que je suis non-fumeur, cela traduira, vraisemblablement, un idiome interrogatif quand à mon état d'égarement...
Hier soir, donc, je revenais de Bruxelles, j'en avais pour une heure et quelques minutes de conduite nocturne, quelques courbes pour un bon trois-quarts d'autoroutes.  J'ai tenté d'assembler le fil de mes pensées... 
A la radio, j'ai tenté une énième fois de me pencher sur cette "nouvelle" radio dont la pureté fut entachée par la bêtise de propos émanant de gens que pourtant j'estime indubitablement.  Qu'en tirer?  Le hasard curieux mais nécessairement souriant d'un encouragement à la lecture du fameux livre "La musique du hasard" de Paul A. .  Curieux hasard quand je pense que ce bouquin date d'une petite dizaine d'années, que je suis précisément en train de lire le dernier ouvrage de son auteur ("La nuit de l'oracle", dont le trouble causé sur la plus proche personne que je côtoie, tend à titiller mes synapses cérébraux) et surtout que je venais d'en parler plus ou moins profondément avec MpC quelques heures auparavant, juste avant d'avorter la vision du film "Smoke" de ce même Paul A..  Si je vous dit que, de son côté, MpC à passer une bonne partie de son après-midi à compulser les articles et critiques liés à ce Paul A., je pense que nous serons d'accord de traiter ce sujet de "curieuse et plaisante coïncidence".  
[je me garderai d'ajouter, que ce Paul A. a pour sujet de prédilection l'idée même de l'improbable et du chaotique ordonnancement du hasard...]
Mon retour a eu cette teinte érotique, la teinte du désir d'entrevoir au-delà, la couleur de la pertinente sensation que derrière l'artifice pensif se déploie l'incommensurable et inconnue zone en friche... 

23:09 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/04/2004

hésitation

Pour l'instant, je ne sais quoi lire. Je pensais commencer H. P. Lovecraft, Contre le monde, contre la vie de Michel Houellebecq mais, après avoir lu le compte rendu que l'éditeur a généreusement pompé chez l'auteur (procédé dont je vais d'ailleurs user sans retenue pour partager, avec vous, l'intense difficulté de mon appréhension), "HP Lovecraft constitue un exemple pour tous ceux qui souhaitent apprendre à rater leur vie, et éventuellement, à réussir leur oeuvre. Encore que, sur ce dernier point, le résultat ne soit pas garanti", je reste dubitatif quand à la justesse de ce choix...
Je crois que, plus sérieusement, vu les circonstances, je vais laisser reposer encore pour un temps ce petit ouvrage sur le rebord du tabouret qui me fait office de table de nuit, et que je vais partir explorer les caisses en carton qui composent ma modeste bibliothèque. Si je ne suis pas de retour avant minuit, il s'avérera que j'ai pu périr (je vous laisse le choix):
a) d'ennui
b) de faim
c) étouffé sous une couche de livres, en éboulis, sur mon corps, effondrés (c'est joliment dit cela, il faudra que je pense à la replacer)
d) coincé dans l'indécision des choix de lecture, que je devine, plus que conséquents...

18:50 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

16/04/2004

point de vue

Horizontalement, les perspectives sont infinies...
Le vide s'étend, l'envie d'y plonger est grand, seul la gravité de l'instant me suspend dans l'attente...

Allongé, les possibilités sont multiples et décuplent l'errance créative. Je sombre dans un demi-sommeil de plomb, le corps parcouru par quelques frissons d'avril et de vent...
Pas une présence pour me troubler, juste le bonheur dans sa simplicité...

10:29 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

15/04/2004

notes

Perte d'énergie et perte de temps me semble inexorablement liées. Ce qui m'étonne c'est que je n'arrive à déterminer l'inconnu lien dans cette élémentaire précarité d'activité. J'ai l'esprit en bataille pour l'instant. Trop de chantiers s'ouvrent et composent mon quotidien. Il faut penser à canaliser.
Programme du jour: une bouffée d'air, un étalement indécent dans l'herbe fraîche, une ou deux (mais pourquoi pas trois?) heures de lecture en nature...

10:02 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

02/04/2004

et maintenant... romançons!

- Vous êtes toujours célibataire?
Me demanda-t-il en m'assénant un clin d'oeil qu'en un autre endroit j'eus pu interpréter comme déplacé.
- Oui.
- Ah... je pose la question parce que, voyez-vous, on accorde plus de, comment dirais-je, de... de "stabilité", entre guillemets, à un couple qu'à une personne vivant seule, vous comprenez?
Posant ses mots, il s'enfonce avec aisance dans son fauteuil en me communicant (cherchant vraissemblablement ma complicité) l'un de ses plus beaux sourires misérablement commercials (a-t-il d'autres expressions faciales dans sa palette?) auquel, poliment, je répondis d'une inclinaison sommaire de la tête, lui témoignant, ainsi, mon plus profond respect puis, je repris:
- Comprendre? Non, pas trop, mais de toute façon, je ne vais pas me mettre en ménage ou me marier, produire deux ou trois enfants à la chaîne pour faire preuve de stabilité, parce que, si je m'y prenais ainsi, pour cette raison, penseriez-vous vraiment que je serais quelqu'un de stable?
- euh...
Il se redressa prestement vers son bureau, reprit quelques papiers, visiblement, la pause kit-kat-cool venait de se terminer.
- d'autres questions?
- oui, bien sur, votre âge est bien de ...

A la réflexion et à la lumière de ceci, je ne suis pas absolument certain que le couple aujourd'hui soit le modèle même d'une quelconque stabilité sociale... pas vous?

16:33 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

04.53 AM

Pré de lumière, espace intangible et pourtant si fragile, le trait luit et s'enfuit sous couvert d'espace voilé d'éphémère...
L'hermétisme du matin se joue de mes mots...
Je souris.
Face à mon regard distant, des déchets de nuit étoilés étiolés jonchent encore le ciel vide de toute trace humaine et perturbent ma soif d'infini.
Le corps est vide de pensées ombragées, il se gave d'une énergie cosmique insoupçonnée. Le corps se réveille au prémisse d'une fin de nuit (de vie?).
Tout semble vain mais reste à faire...
Emblématique paradoxe qui séjourne le temps bref d'un instant avant d'être emporté dans le flux du mouvement. La machine est en route, les capteurs, sensiblement rétiniens, sont parés à capter la trace de l'essence d'une présence.

10:31 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

01/04/2004

en visite

- Vous savez, il me le disait encore la semaine dernière.
- Ah bon?
- Oui, il me disait que depuis que vous êtes fermé, il n'a plus jamais retrouvé le bon goût de votre viande haché.
- Aah...
- Oh, comme il l'aimait bien votre viande hachée, et vos saucisses, d'ailleurs aussi!
- Oui, c'est moche.
- Quel gachis...

Discrètement, je pense, "quel gachis parmentier". Discrètement parce que cela ne se fait pas de penser cela tout haut dans une mortuaire... Et puis, pour une fois que le public se révèle créatif en m'épargnant le fameux "Il a beaucoup souffert?", ne gâchons pas notre plaisir de témoin de ces grands moments humains.

09:55 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |