07/05/2004

occuper du mieux que l'on peut son temps

Après avoir terminé "La nuit de l'oracle" dont les conclusions, si elles ne se révèlent trop obscures, restent néanmoins d'un certain hermétisme (pour ma part, j'encourage une deuxième voir une troisième lecture, en ayant à l'esprit que la clé pourrait, peut-être, se situer dans le rapport de l'écrivain aux récits, du rapport en général à l'écrit où se mêlent passé, présent et futur... nous en reparlerons...); après, donc, la lecture de cet ouvrage précieux, et après avoir avalé l’essai de Michel Houellebecq (qui se révéla, pour une fois, fort indigeste mais qui attisa, néanmoins, mon envie de me replonger dans l'oeuvre de Lovecraft), je me suis régalé d'un plaisir certain, fin, frais et léger, à la découverte du livre d'Alain Le Ninèze, "Marcher sur les pieds de la femme qu'on aime".

Cela faisait quelques moments qu'il traînait sur le bord du tabouret qui me sert de table de chevet et je dois vous avouer que mon choix ne s'est porté sur lui que parce qu'il prenait un tantinet trop de place : m'empêchant chaque soir de déposer distraitement mon réveil, mes lunettes et, en tout cas, en m’obligeant à m'évertuer d’équilibrer ces menus objets entre lui, le Yi King et quelques autres romans).

Donc, c'est dans un soucis de gain de place que j'entamai (et digérai), hier soir, cet ouvrage et ô, surprise. Oui, je peux apprécier les surprises si elles ont ce caractère « surprenant » [par contre j’ai en horreur les surprises qui s’enlisent dans la réalité comme des brontosaures bourrés à la bière dans des marécages (peu courant, si je puis dire, je vous l’accorde), je prends, pour l’exemple, les fameuses (fumeuses ?) surprises d’anniversaire…], cette appréciation que je qualifierai de porte vers l’inconnu, l’improbable et la courtoisie d’un sourire (je n’en attends pas forcément plus) m’apparaît d’autant plus importante qu’il me semble particulièrement vivre un temps douloureux où ma présence unique doit suffire à égayer ma vie terne...

Ce livre, s'il ne renferme le bonheur, permet, comme indiqué en sous-titre, de faire du quotidien une aventure singulière. J'en vois l'un ou l'autre sourire, et je les en remercie, leur scepticisme, je l'ai endossé également avant de me mettre à la lecture, mais je dois vous avouer que, si l'on est bon joueur, que l'on reste ouvert, de nombreuses pistes nous sont offertes pour sortir de la torpeur et de l'angoisse que véhicule, parfois, notre quotidien. Entendons nous bien, il ne s'agit pas ici, de faire de notre vie celle d'un héros décalqué d’un roman de Stevenson, ou de sortir du lot, de la masse, pas du tout, il s'agit tout au plus de prendre la vie (et les petites habitudes (béatitudes?) quotidiennes) sous un angle différent. Pour exemple, j'ai répertorié (à l'aide de mes petits signets) quelques mises en bouches qui, je l'espère, vous feront encourir chez votre libraire/bouquiniste à la recherche de cet essai (ceci dit, j'aimerais que les personnes qui décident de l'acheter me préviennent, afin que nous puissions mettre au point une stratégie constructive quant au chapitre quinze "jouer intelligemment au Lotto").

Ainsi, j’ai particulièrement apprécié l’idée du chapitre onzième « Chercher dix raisons de s’aimer et de se détester », qu’il conviendra d’estimer positivement ou négativement par des + et des -. La conclusion s’imposant d’elle-même : si les « - » l’emportent largement , filez voir un psy ; si par contre, les « + » dominent : faites de la philosophie! Au cours du chapitre vingtième « S’écouter parler tout seul », l’exercice prendra fin et aura porter ses fruits à partir de l’instant où l’on aura réussi à ne parler que de choses intéressantes et ainsi, cesser de s’emmerder soi-même ; la phase suivante consistera à parler à autrui. Le chapitre trente-cinquième « Suivre quelqu’un dans la rue », aborde le précepte bouddhique de l’abolition du moi par l’« extraspection »…

Je me garderai de déflorer les propos de cet ouvrage qui, s’il ne se révèlera être un pilier du vingt-et-unième siècle, trouvera certainement sa place aux côtés de Pierre Hadot, «La Philosophie comme manière de vivre», et Roger-Pol Droit, «101 expériences de philosophie quotidienne».


15:08 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

... pour ce qui est de l'expérience encouragée par le titre (chapitre 25), peut-être cela aurait-il pu déclencher le "Satori"... qui sait? :-)

Écrit par : jibi | 07/05/2004

Tout petit, mais... Précieux, prodigieux,... puissant par sa simplicité même, oui, il l'est, ce quotidien. Il me semble qu'il vaut le détour entre les pages de ce livre... et en tout cas, entre tes pages.

Merci pour ton passage sur la mienne. J'apprécie te lire et en retiendrai le chemin...

Écrit par : ptitanne | 07/05/2004

tu t'intéresses au yi-king ? ... et qu'en penses-tu ?

Écrit par : imagine | 08/05/2004

ptitanne: les choses les plus simples se révèlent souvent d'une complexité déconcertante... le quotidien se révèle surprenant dès l'instant où l'on y porte une particulière attention...
imagine: Yi-King... difficile de résumer cela en sommaire commentaire... je me pencherai peut-être dessus pour un prochain "post", qui sait? Je vais le consulter... :-)

Écrit par : jibi | 09/05/2004

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