27/05/2004

évasion

Il y a des livres qui modifient profondément votre compréhension du monde. Des livres qui s'ouvrent et nous découvrent sous un nouveau jour. "La sagesse de la mer" est de ceux-là (l’évidence même de ce choix reste purement subjective…). C'est un livre de cellule, un livre de prison, bref, un livre d'évasion. Je l'ai découvert à sa sortie, en 2002, je n'avais, à cet époque, qu'une infime perception du monde marin, qu’une approche de la navigation par des écrits d'aventures, par le récit de quelques amis, ou autres bandes dessinées (Théodore Poussin, notamment).

Ce livre m'est parvenu lorsque je feuilletais une chronique littéraire à propos d'un salon sur le livre de voyage. J'ai griffonné quelques références et le livre est devenu mien la semaine suivante. Quand, je l'ai pris pour la première fois en main, j'ai senti quelque chose, le début d'une émotion, une sorte de courant électrique, l’idée de se dire que quelque chose de nouveau s’offre à vous. Je ne l'ai pas feuilleté, j'ai préféré attendre le bon moment, le moment où j'aurais tout le temps de m'occuper de lui. Je l’ai posé sur la table ou je l’ai laissé patienter quatre jours. Je me souviens très bien de ce quatrième jour, c’était le printemps, et à cet saison, les soirées peuvent prodiguer quelques menus frissons. Dans ces moments, la chaleur du bois crépitant dans un foyer distille une once de bonheur augurant, généralement, le bel été.

Où veux-je en venir ? [il faut oser ce genre de tournure, je vous avouerai que j’ai fortement hésité] Simplement aux circonstances : il me restait du bois à couper.

J’ai préparé mes outils, limer la chaîne, huiler, préparer mon essence deux-temps. J’ai enfilé mes vêtements de grand air (ceux qui sentait, la terre, la fumée, le bois… la vie). Je me suis attaqué aux stères [P., si tu me lis, pardonne ce jeu de mots ridicule]. A la fin de l’après-midi, j’étais fourbu. Je me souviens être entré dans la salle à manger, le livre était toujours posé sur celle-ci. J’ai souris. Je pressentais.

Comme un blanc-bec, devant sa muse, j’ai joué. J’ai joué à le séduire, à l’apprivoiser avant d’oser l’effleurer. Je me suis fais couler un bain. Durant ce bref laps de temps, je me suis préparé quelques morceaux de fromages, un verre de Bourbon, un Jack, si je me souviens bien (à l’époque je ne connaissais pas encore l’usage de l’expression « un p’tit dur » ). J’ai disposé mon verre et l’assiette sur le rebord en bois de la baignoire, je me suis enfoncé dans la mousse et j'ai commencé à dévorer l’objet de mes convoitises. Je n’ai pu m’en défaire qu’à partir de l’instant ou je l’ai terminé…

J'ai découvert un univers, un monde, une vie... tout me fascinait, tout n'était qu’éveil et bonheur. Même dans les passages les plus terribles, j'avais le goût salin d'une particulière envie qui, en moi, s'insinuait: naviguer, prendre la mer...

Je pose souvent un regard sur la tranche de ce livre, j’y pose mon doigt et je souris.

C'est un livre magique. Un récit, celui d’un mode de vie, qui me permet de croire quand il n'y a plus trop d'espoir, qui me permet de vivre et de rêver, de m’évader de la prison spirituel que peut être, parfois, le tenaillement existentiel.

C'est un livre curieux, également, je l'ai souvent conseillé et pourtant, je n'en ai jamais eu d'échos : pas une seule de mes connaissances n'a pris le temps, n'a eu l'audace de s'y pencher. Pas un homme, pas une femme. Personne de mon entourage.

C’est un livre rare, qui me laisse croire qu'il existe certains rêves que l'on ne peut qu’espérer partager.

Et moi, dans tout cela, où dois-je me situer? Vais-je partir un jour? Pour l'instant, je garde l'espoir, je maintiens le cap, je n'abandonne pas le navire car, si ce livre m'a appris quelque chose il s'agit de la volonté de croire que l'on peut toujours (tout) changer! On reste maître à bord de l'esquif de sa vie, on n'a pas le droit de baisser les bras. La vie et l’espoir restent intimement liés, comme scellés dans une histoire indéniablement surprenante dont on ne connaît, fort heureusement, que l’aboutissement.

"J’aimerais que la mer soit une source d’inspiration en matière d’éthique et une façon de trouver du sens à une existence à terre. A mon avis, il y a beaucoup de choses utiles et précieuses à apprendre de la fréquentation de la mer. Entre autres, l’humilité, la ténacité, la patience, la collaboration et la vigilance. Mais avant tout la liberté. C’est naturellement un paradoxe. Sur un bateau, on est prisonnier comme nulle part ailleurs. On ne peut rien faire d’autre que continuer à naviguer, si l’on veut survivre. Mais, en même temps, on est plus libre qu’en aucun autre endroit sur terre. Plus libre, devant l’horizon illimité, de rêver à toutes les vies possibles et impossibles. Libre aussi de rêver que la vie à terre - pour soi, pour les autres - puisse être aussi satisfaisante que sur un bateau bien équipé, sans destination précise, quand on a du temps devant soi…"

22:08 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

Commentaires

... je ne sais pas

je ne sais pas si on est totalement libre... ok on l'est pour soi... mais ... quand on est lié (je ne parle pas d'alliance) mais lié à l'absence de liberté d'autre... bref, quand on a que notre liberté à leur offrir... ;))) bref, je le lirai ton livre, mais hors de mon bain, car je suppose qu'il a du etre froid à la fin du livre ... ;))) je te dirai ce que j'en pense ;)
bonne soirée
bon réveil ;)

Écrit par : imagine | 28/05/2004

je reviens lui non plus apparemment n'est pas libre... il est libre... mais tributaire de son bateau... bref, je le lirai

la liberté totale n'existe pas... c'est un leurre qu'on se raconte pour se rassurer ou alors on est complètement dépourvu d'émotions... de sentiments... ou totalement seul. ;))

Écrit par : imagine | 28/05/2004

liberté d'écrire C'est un livre de cellule, un livre de prison, bref, un livre d'évasion. Je l'ai découvert à sa sortie,

je serais jaloux de cette chute si je n'avais mes propres certitudes, mes enfermements, que raconte-t-elle l'imaginatrice sévissante, chacun de nous est libre, je peux boire mon café ce matin avec l'ami Sioran, enfin, s'il n'a pas oublié d'enclencher la machine, jesuis libre comme l'air que je respire parfumé au céaudeu de Channel, je peux même renanoncer à m'asseoir dans l'autobus qui mène les travailleurs au boulot.
D'ailleurs je l'ai raté.
Libre vent à toi en ce mai finissant, totalement libre de revenir l'an prochain.

Écrit par : xian | 28/05/2004

non lol

on est libre, je suis meme libre de te dire que je ne suis pas d'accord, si pour sa liberté personnelle, tu es libre d'emmerder ton voisin, t'es libre de te ballader pieds nus dans l'herbe, t'es libre de te fringuer comme tu veux t'es libre de tes opinions t'es libre de mener ta vie comme tu l'entends t'es libre de te louper le matin et d'arriver en retard, t'es libre, oui mais souvent cette liberté n'est pas réelle, sauf si tu fais fi des autres... pour ma part je suis un électron libre, seulement comme un élement je dépends d'un centre de gravité ;)) bref, xian, t'as raison j'ai raison et on s'en fous au final ;))

Écrit par : imagine | 28/05/2004

... Si...on est libre...de penser qu'on est libre...parce qu'on l'est...sans doute plus que les autres ...tout est relatif...sans être à ce point naïf de croire en une réelle liberté...oui...bon...à votre santé et on n'en parle plus:-))))

Écrit par : sioran | 28/05/2004

Qu'est-ce que je vous sers? La liberté absolue ne conduirait qu'au chaos...
La liberté en mer, est celle de la raison, de la responsabilité, de l'humilité. On est entièrement responsable de sa vie, de ses choix, de ses décisions. Il faut assumer cette liberté et les contraintes qu'elle engendre.
Dans la solitude marine, nous ne sommes pas seul, pas vraiment, s'il est vrai que l'on se retire du monde des vivants pour le temps d'une traversée, d'un mouillage forain, quand on revient près des hommes, c'est avec une certaine joie, celle de retrouver ce monde de contacts, d'échanges, c'est avec l'envie de partager ses émotions...

Écrit par : jibi | 28/05/2004

La mer Sur la mer, j'ai navigué; je n'ai point aimé le bateau, espace trop restreint pour mes attentes; je connais la mer dans un face à face d'amitié où l'un
apprivoise l'autre; j'aime écouter son chant mystérieux, debout à limite de terre, en un doux moment de contemplation.

Écrit par : Odysseus | 29/05/2004

:) Bonjour jibi,
un grand bonjour, passe un bon week end.
A très bientôt.
Zab.

Écrit par : zabou | 29/05/2004

j'aime ta description, ta relation au livre. Je comprends ton émotion. bon week end jibi

Écrit par : francine | 29/05/2004

... Les bruits du vent
Et les sons de la mer
Nous rendent heureux
D'exister, tout simplement.

Thomas Blake

Écrit par : K | 29/05/2004

Plus de mails sur ma boîte stp.C'est ma boîte commerciale et mes mails sont filtrés.stp commente comme d'ahabitude.Mais grand merci quand même.Je me mets à écrire la suite dès que j'ai un moment de liberté de pensée...A bientôt.

Écrit par : chouchou | 29/05/2004

et maintenant, commentons! Diling, diling, diling! [cf. post précédent] odysseus: Je pense que nous avons tous un rapport particulier à la mer... un rapport complice et merveilleux... je me suis souvent interrogé sur la nature de ce lien, de cette émotion qui peut nous gagner dans ce face à face...
Zabou: bonjour Zabou, j'espère que tout va bien pour toi et tes deux Gaston... ;-)
francine: bon week-end à toi aussi, mais tu ne m'as pas encore répondu, où donc avais-tu placé les deux Nestor, aujourd'hui disparus?[cf. post précédent] ;-)))
K: Monsieur K de J&K, ou plus vraissemblablement, K de ce pays lointain? Thomas Blake me reste inconnu...
chouchou: désolé, pour la réponse à ton mail, je ne savais pas! J'attends avec impatience les fruits de cette liberté... allez, raconte! :-)

Écrit par : jibi | 29/05/2004

c'est le vrai nestor qui a disparu (remplacé par tatayet?) pas les miens où?
un dans ma chambre chez ma mère et un chez moi.
je les ai maintenant tous les 2 visibles devant des livres.
Tantôt t'ayant lu je leur ai dit bonjour.
J'ai même pensé faire une photo et te l'envoyer hihi

mais je me demande si en fait je ne les avais pas acheté
à l'époque pour 2 petites filles, des soeurs
(faut éviter les jalousies)
et sans doute j'ai souhaité en gardé un
et me suis retrouvée avec 2.

ils me font encore sourire
mais je ne sais plus pourquoi
j'ai tout oublié de ce que je voyais à la tv.

Écrit par : francine | 29/05/2004

spécialement pour francine... je t'ai déniché ce petit site pour en rappeler à ta mémoire... :-)
Je crois que tu pourras y dénicher quelques photos et vidéos de cette époque révolue... ;-)

Écrit par : jibi | 29/05/2004

merci jibi c'est donc sur une chaine française que je le voyais
je ne me souvenais plus
Le plus extraordinaire c'est de me rendre compte
qu'il n'a pas disparu sauf des écrans de tv
ou bien est-ce parce que je regarde moins

Écrit par : francine | 02/06/2004

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