29/05/2004

Dis? - deuxième partie -

- Bon, tu es prêt, là ?
- Oui, oui, une minute, je m’installe.
- Je peux y aller ?
- Vas-y, je t’écoute.
- Il était une fois dans…
- Ca commence bien…
- Pardon ?
- Je disais: "ça commence bien".
- Je ne vois pas ce que tu veux dire.
- Ben, ce n’est pas très jojo comme début cela: "Il était une fois". C’est un peu… vieillot ?
- Vieillot ? Vieillot ? J’ai à peine commencé là !
- Bon continue…
- J’en étais où ?
- Tu le fais exprès ?
- Bon ! Il était une fois un petit homme qui…
- Un petit homme ? C’est de moi que tu parles ?
- Non-non, pas du tout, c’est pour dire qu’il s’agit de quelqu’un de simple, cela n’a rien à voir avec ta taille !
- Mais je ne suis pas petit et encore moins simple !
- Bon, ça va, je continue. Donc , cet homme…
- J’aime mieux cela.
- Dis ?
- Quoi ?
- Tu la veux ton histoire ?
- Oui.
- Alors laisse-moi au moins raconter la première phrase, si cela ne te plaît pas, on en recommencera une autre.
- On peut faire cela ?
- Eh bien, oui, pourquoi pas ?
- On peut toujours changer d’histoire quand cela ne nous plaît pas ?
- Oui, c’est comme les livres, tu en prends un, un jour, tu ne l’aimes pas, tu le mets de côté et puis quelques années plus tard, tu le retrouves, tu le dévores et tu l’adores.
- Et tu expliques cela comment ?
- Je dirais que c’est les circonstances.
- Ah, les circonstances… Et dans la vie ?
- Dans la vie ? Quoi ?
- On peut changer d’histoire quand elle ne nous plaît pas ?
- Cela dépend…
- De quoi ? Des circonstances ?
- Non, du rôle que tu as dans l’histoire. Si tu es le figurant, tu ne sait pas vraiment changer le fil, mais si tu es l’acteur tu peux improviser ou donner un sens différent à la tournure des évènements.
- Et toi ?
- ?
- Tu es quoi dans ta vie ?
- Ben, je suis le type qui voudrait bien en finir avec cette histoire, mais à mon avis ce ne sera pas encore pour ce soir.
- Sérieusement, acteur ou figurant ?
- Je dois répondre ?
- J’aimerais bien.
- En fait, maintenant que j’y réfléchis… je ne sais pas trop. Je crois que cela me ramène aux circonstances.
- Encore elles…
- Oui, je crois que ma place elle dépend d’où je me situe…
- Ben, t’es à côté de moi là !
- Oui, oui, bien sur, mais je veux parler d’endroit, de moments enfin, je veux dire de position par rapport à l’histoire, à la vie, ou, plus simplement : ma position par rapport au récit.
- Je crois que je ne vais pas bien dormir, moi, tu me donnes le tournis avec tes explications.
- C’est pourtant simple… Imagine, je t’envois chercher des pommes chez le légumier.
- Chez le légumier ? Mais tu ne le supportes pas !
- C’est un exemple ! Bon, changeons : je t’envois chercher des timbres à la poste.
- A l’heure de l’e-mail, c’est un peu gros comme exemple, enfin passons…
- Ton histoire c’est "je vais chercher des timbres", tu es acteur. Quand tu arrives devant l’employé, tu lui demandes des timbres. Il te les vend et tu t’en vas.
- Et alors ?
- Eh bien, cet employé, il a une histoire, lui aussi, et toi tu ne fais que passer dans la sienne, tu es son figurant. Tu n’auras aucune incidence sur son histoire, tu n’y changeras rien.
- Tu crois cela ?
- Bien sur.
- Et si je n’y vais pas moi, chercher des timbres. Comment puis-je savoir que je n’ai aucune incidence puisque je ne le rencontre pas ?
- Eh bien…
- Comment puis-je savoir que le fait de l’occuper quelques instants au guichet et, donc, de le retarder pour un autre ouvrage ne va pas changer le cours de sa vie ? Ou mieux, comment expliques-tu que comme je n’y vais pas, ce n’est pas lui qui sera au guichet (car il aura été remplacé par Josianne dont c’est la fin de la pause) pour servir la merveilleuse Agnès qui me suit dans la file et qui deviendra son épouse ?
- Agnès ?
- Celle qui vend des t-shirt sur le boulevard
- Pardon ? Tu dis que Agnès a le béguin pour l’employé des postes ?
- Dis ?
- Oui.
- Tu te fous de moi ?
- Non, non, mais je pensais qu’Agnès, elle était avec ce garçon, tu sais celui qui…
- Je te signale que ce n’est qu’une histoire…
- …
- Alors tu la racontes, ta belle histoire ?

20:02 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook |

27/05/2004

évasion

Il y a des livres qui modifient profondément votre compréhension du monde. Des livres qui s'ouvrent et nous découvrent sous un nouveau jour. "La sagesse de la mer" est de ceux-là (l’évidence même de ce choix reste purement subjective…). C'est un livre de cellule, un livre de prison, bref, un livre d'évasion. Je l'ai découvert à sa sortie, en 2002, je n'avais, à cet époque, qu'une infime perception du monde marin, qu’une approche de la navigation par des écrits d'aventures, par le récit de quelques amis, ou autres bandes dessinées (Théodore Poussin, notamment).

Ce livre m'est parvenu lorsque je feuilletais une chronique littéraire à propos d'un salon sur le livre de voyage. J'ai griffonné quelques références et le livre est devenu mien la semaine suivante. Quand, je l'ai pris pour la première fois en main, j'ai senti quelque chose, le début d'une émotion, une sorte de courant électrique, l’idée de se dire que quelque chose de nouveau s’offre à vous. Je ne l'ai pas feuilleté, j'ai préféré attendre le bon moment, le moment où j'aurais tout le temps de m'occuper de lui. Je l’ai posé sur la table ou je l’ai laissé patienter quatre jours. Je me souviens très bien de ce quatrième jour, c’était le printemps, et à cet saison, les soirées peuvent prodiguer quelques menus frissons. Dans ces moments, la chaleur du bois crépitant dans un foyer distille une once de bonheur augurant, généralement, le bel été.

Où veux-je en venir ? [il faut oser ce genre de tournure, je vous avouerai que j’ai fortement hésité] Simplement aux circonstances : il me restait du bois à couper.

J’ai préparé mes outils, limer la chaîne, huiler, préparer mon essence deux-temps. J’ai enfilé mes vêtements de grand air (ceux qui sentait, la terre, la fumée, le bois… la vie). Je me suis attaqué aux stères [P., si tu me lis, pardonne ce jeu de mots ridicule]. A la fin de l’après-midi, j’étais fourbu. Je me souviens être entré dans la salle à manger, le livre était toujours posé sur celle-ci. J’ai souris. Je pressentais.

Comme un blanc-bec, devant sa muse, j’ai joué. J’ai joué à le séduire, à l’apprivoiser avant d’oser l’effleurer. Je me suis fais couler un bain. Durant ce bref laps de temps, je me suis préparé quelques morceaux de fromages, un verre de Bourbon, un Jack, si je me souviens bien (à l’époque je ne connaissais pas encore l’usage de l’expression « un p’tit dur » ). J’ai disposé mon verre et l’assiette sur le rebord en bois de la baignoire, je me suis enfoncé dans la mousse et j'ai commencé à dévorer l’objet de mes convoitises. Je n’ai pu m’en défaire qu’à partir de l’instant ou je l’ai terminé…

J'ai découvert un univers, un monde, une vie... tout me fascinait, tout n'était qu’éveil et bonheur. Même dans les passages les plus terribles, j'avais le goût salin d'une particulière envie qui, en moi, s'insinuait: naviguer, prendre la mer...

Je pose souvent un regard sur la tranche de ce livre, j’y pose mon doigt et je souris.

C'est un livre magique. Un récit, celui d’un mode de vie, qui me permet de croire quand il n'y a plus trop d'espoir, qui me permet de vivre et de rêver, de m’évader de la prison spirituel que peut être, parfois, le tenaillement existentiel.

C'est un livre curieux, également, je l'ai souvent conseillé et pourtant, je n'en ai jamais eu d'échos : pas une seule de mes connaissances n'a pris le temps, n'a eu l'audace de s'y pencher. Pas un homme, pas une femme. Personne de mon entourage.

C’est un livre rare, qui me laisse croire qu'il existe certains rêves que l'on ne peut qu’espérer partager.

Et moi, dans tout cela, où dois-je me situer? Vais-je partir un jour? Pour l'instant, je garde l'espoir, je maintiens le cap, je n'abandonne pas le navire car, si ce livre m'a appris quelque chose il s'agit de la volonté de croire que l'on peut toujours (tout) changer! On reste maître à bord de l'esquif de sa vie, on n'a pas le droit de baisser les bras. La vie et l’espoir restent intimement liés, comme scellés dans une histoire indéniablement surprenante dont on ne connaît, fort heureusement, que l’aboutissement.

"J’aimerais que la mer soit une source d’inspiration en matière d’éthique et une façon de trouver du sens à une existence à terre. A mon avis, il y a beaucoup de choses utiles et précieuses à apprendre de la fréquentation de la mer. Entre autres, l’humilité, la ténacité, la patience, la collaboration et la vigilance. Mais avant tout la liberté. C’est naturellement un paradoxe. Sur un bateau, on est prisonnier comme nulle part ailleurs. On ne peut rien faire d’autre que continuer à naviguer, si l’on veut survivre. Mais, en même temps, on est plus libre qu’en aucun autre endroit sur terre. Plus libre, devant l’horizon illimité, de rêver à toutes les vies possibles et impossibles. Libre aussi de rêver que la vie à terre - pour soi, pour les autres - puisse être aussi satisfaisante que sur un bateau bien équipé, sans destination précise, quand on a du temps devant soi…"

22:08 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook |

26/05/2004

Et maintenant, commençons...


































"Vous saurez que le moment est venu de tourner la page lorsque vous entendrez la fée Clochette! Elle fera tinter ses petites cloches, comme ceci..."

19:10 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

13/05/2004

Yi King

Selon le livre des transformations, après m'être plié aux exigences en vue de l'interrogation de l'oracle, à savoir, pour information, se poser une question sur laquelle on a prise (un pouvoir de décision), le lancement de six fois trois pièces de monnaies, je me suis trouvé avec la solution ci-jointe qui, me laisse dans un certain scepticisme...
Je me retrouve, en effet, dans "la maison de l'immobilisation". Jusqu'ici, évidement, rien de bien explicite (mis à part que l'immobilisme ne tend pas spécialement à me satisfaire). Le premier hexagramme Ko (au-dessus), par une habile transformation du vieux Yang (ou Yang mutable) me conduira à examiner un deuxième hexagramme Hien (en-dessous).
C'est bien joli tout ça, me direz-vous, et il est vrai je trouve cela d'un certain esthétisme mais là n'est pas l'objet de mes propos.
Donc, je dois me préoccuper de Ko et là, surprise, le mystère de la prédiction s'émancipe: Ko (la révolution, la mue) représente l'histoire de deux soeurs qui ne s'accordent pas, ce qui signifie la Révolution (car c'est la plus jeune qui bouleverse la plus ancienne). Révolution grâce à laquelle on rencontrera la confiance. Mais, le moment d'agir n'est pas encore venu (l'attente est définie par le Yang mutable).
Je me tourne, à présent, vers Hien (l'Influence, [...]*), pour regarder la transformation de la situation. Il s'agit de l'hexagramme représentant la montagne et un lac en son sommet. La montagne creuse accueille le lac. Il s'agit de deux forces qui s'influencent et se répondent mutuellement si bien qu'ils s'unissent. Immobilisation et gaieté. "Succès. La persévérance est avantageuse". L'élu influence le coeur des hommes et le monde entre dans la paix et le repos.
Et mon scepticisme, me direz-vous? En regard des événements et de la question que j'ai posée, je suis tenaillé par deux envies diamétralement opposées: encenser ou répudier...
Je réserve mon jugement, le Yi King, à défaut de m'offrir LA solution, aura au moins le mérite de m'avoir distrait de quelques plus sombres instants...

22:56 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook |

11/05/2004

dis?

- Dis? Tu veux me raconter une histoire?
- Cela dépend.
- Dépend de quoi?
- De ce que tu veux que je te raconte.
- Je ne sais pas moi… Disons une histoire avec, euh... avec moi et, ou... avec toi si tu préfères…
- Mais encore? Tu veux quoi comme histoire?
- Je ne sais pas. Je voudrais juste une belle histoire. Ce n’est quand même pas compliqué, non?
- Cela dépend… vois-tu, les belles histoires on ne les rencontre pas si souvent…
- Ah bon?
- Enfin, si, on les rencontre, puis on en perd le fil, alors on rate une partie, on essaye de se rattraper en enchaînant sur une autre histoire qui est en train de se raconter, et puis, en définitive, on possède de nombreux épisodes, mais jamais une histoire dans son entièreté.
- Jamais?
- Si. Enfin, presque jamais… Tu vois, il faut s’accrocher, cela ne suffit pas toujours une belle histoire, il faut de la patience et ne pas toujours croire que tu parviendras à tout comprendre tout le temps.
- Oui, d’accord, j’ai compris : une belle histoire est rare, on en perd le fil si on n’y fait pas attention et en plus, c’est toujours compliqué…
- A peu de chose près…
- Tu ne me donnes pas beaucoup d’espoir.
- Une belle histoire peut être toute simple, tu sais, mais, alors, en général, il n’y a pas d’histoire, enfin, je veux dire, il n’y a rien à raconter.
- Donc… Une belle histoire si elle est simple, elle ne se raconte pas…
- Tu me vois commencer une histoire par : "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…"?
- Ben…
- Non. Cela ne t’amuserait pas.
- Et dans la vie?
- Quoi dans la vie?
- Les belles histoires, elles existent?
- Oh cela… c’est une autre histoire… Dans la vie, attends que je réfléchisse…Oui, elles existent, je crois, enfin, je pense. Je n’en ai jamais vraiment beaucoup racon…euh, rencontrées, mais, il en existe. En fait, je crois que dans la vie, une histoire, on ne sait jamais si elle sera belle ou laide.
- Je ne comprends pas bien.
- Eh bien, dans la vie, on ne sait jamais comment cela finit.
- Jamais?
- Si, évidement, on sait comment cela finira, mais on ne sait jamais comment on sera raconté. Le dernier épisode, l’épilogue, on n’est jamais là pour l’entendre.
- T’es lugubre, toi, ce soir. Tu veux dire que les gens ne sont jamais heureux?
- Si, si, bien sur que les gens sont heureux, ou en partie, mais l’histoire n’est jamais terminée pour eux. Il y a toujours l’inconnu qui suivra le moment ou l’on pense que tout est bien qui finit bien.
- Donc, dans la vie, on se raconte sa propre histoire sans jamais parvenir à en écrire la fin?
- Oui, c’est cela. Tu commences à comprendre.
- Je ne peux pas dire que tu es très clair.
- Je fais du mieux que je peux, tu crois que c’est facile?
- Non, bien sur que non, mais…
- Mais quoi?
- Dis?
- Quoi?
- Tu me la racontes alors, cette belle histoire?

23:00 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook |

Conversation

Samedi soir, je me suis retrouvé en compagnie de L.. Je n'ai plus passé de temps avec lui depuis, fichtre, six ou sept ans... Il me parle, à son habitude, de luxes, de richesses, de mondanités. Je n'ai aucun, ou si peu, point commun avec lui et pourtant, nous nous sommes toujours très bien entendus. Nos dissonances nous accordent... curiosité.
L. me parle Yacht, croisette... je l'interromps: "Si cela t'intéresse, j'ai visité pas mal de bateaux, j'ai rencontré quelques personnes et si tu veux...
- Tu t'intéresses aux bateaux? T'as vu cela où?
- Düsseldorf, entre autre, je ne m'intéresse pas aux "npm", mais aux voiliers...
- Tu veux partir de l'autre côté du monde?
- Plus que jamais... aujourd'hui, je mets les choses en marche pour plus tard...
[bref silence]
- Tu te souviens de la Chine?
- La Chine? Et comment...
[L. vient de faire ressurgir un projet vieux d'une petite dizaine d'années...]
- Cela t'intéresse? C'est là que cela se passe aujourd'hui... J'ai une piste, si tu veux on en reparle plus tard...
[Pourquoi revient-il précisément en ce moment avec cela?]

Je retiens, je retiens... plus tard... mais pas trop tard...

09:39 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Karaoke a cappella [en boucle]

[...]
Mais si tu crois un jour que tu m'aimes
Ne le considère pas comme un problème
Et cours, cours jusqu'à perdre haleine
Viens me retrouver
Si tu crois un jour que tu m'aimes
N'attends pas un jour, pas une semaine
Car tu ne sais pas où la vie t'emmène
Viens me retrouver
Si le dégoût de la vie vient en toi
Si la paresse de la vie
S'installe en toi
Pense à moi
pense à moi.

Mais si tu...

"message personnel" (1973), version du film "Huit femmes", interprêtée par Isabelle Huppert

09:15 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

08/05/2004

petit homme...
























Tu vois, petit homme, les étoiles sont les plus belles et parmi elles,
il en sera Une qui attirera ton regard mais, vois-tu, ce sont des étoiles,
et tu n'es qu'un petit homme...
Alors, je te connais, tu étendras le bras, le doigt pointé, ton regard s'illuminera mais, ne sois pas déçu si, malgré toute ta volonté, tu ne parviens à la toucher.
Ton Etoile, vois-tu, resteras toujours là, pour toi, au ciel et au creux de ton coeur, petit homme. Il te suffira de fermer les yeux pour que son empreinte, dans ta mémoire, ravive le souvenir doux de ces instants précieux et merveilleux que tu auras passés à la contempler, à l'aimer, à l'espérer, couché dans les verts prés.

18:49 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook |

07/05/2004

occuper du mieux que l'on peut son temps

Après avoir terminé "La nuit de l'oracle" dont les conclusions, si elles ne se révèlent trop obscures, restent néanmoins d'un certain hermétisme (pour ma part, j'encourage une deuxième voir une troisième lecture, en ayant à l'esprit que la clé pourrait, peut-être, se situer dans le rapport de l'écrivain aux récits, du rapport en général à l'écrit où se mêlent passé, présent et futur... nous en reparlerons...); après, donc, la lecture de cet ouvrage précieux, et après avoir avalé l’essai de Michel Houellebecq (qui se révéla, pour une fois, fort indigeste mais qui attisa, néanmoins, mon envie de me replonger dans l'oeuvre de Lovecraft), je me suis régalé d'un plaisir certain, fin, frais et léger, à la découverte du livre d'Alain Le Ninèze, "Marcher sur les pieds de la femme qu'on aime".

Cela faisait quelques moments qu'il traînait sur le bord du tabouret qui me sert de table de chevet et je dois vous avouer que mon choix ne s'est porté sur lui que parce qu'il prenait un tantinet trop de place : m'empêchant chaque soir de déposer distraitement mon réveil, mes lunettes et, en tout cas, en m’obligeant à m'évertuer d’équilibrer ces menus objets entre lui, le Yi King et quelques autres romans).

Donc, c'est dans un soucis de gain de place que j'entamai (et digérai), hier soir, cet ouvrage et ô, surprise. Oui, je peux apprécier les surprises si elles ont ce caractère « surprenant » [par contre j’ai en horreur les surprises qui s’enlisent dans la réalité comme des brontosaures bourrés à la bière dans des marécages (peu courant, si je puis dire, je vous l’accorde), je prends, pour l’exemple, les fameuses (fumeuses ?) surprises d’anniversaire…], cette appréciation que je qualifierai de porte vers l’inconnu, l’improbable et la courtoisie d’un sourire (je n’en attends pas forcément plus) m’apparaît d’autant plus importante qu’il me semble particulièrement vivre un temps douloureux où ma présence unique doit suffire à égayer ma vie terne...

Ce livre, s'il ne renferme le bonheur, permet, comme indiqué en sous-titre, de faire du quotidien une aventure singulière. J'en vois l'un ou l'autre sourire, et je les en remercie, leur scepticisme, je l'ai endossé également avant de me mettre à la lecture, mais je dois vous avouer que, si l'on est bon joueur, que l'on reste ouvert, de nombreuses pistes nous sont offertes pour sortir de la torpeur et de l'angoisse que véhicule, parfois, notre quotidien. Entendons nous bien, il ne s'agit pas ici, de faire de notre vie celle d'un héros décalqué d’un roman de Stevenson, ou de sortir du lot, de la masse, pas du tout, il s'agit tout au plus de prendre la vie (et les petites habitudes (béatitudes?) quotidiennes) sous un angle différent. Pour exemple, j'ai répertorié (à l'aide de mes petits signets) quelques mises en bouches qui, je l'espère, vous feront encourir chez votre libraire/bouquiniste à la recherche de cet essai (ceci dit, j'aimerais que les personnes qui décident de l'acheter me préviennent, afin que nous puissions mettre au point une stratégie constructive quant au chapitre quinze "jouer intelligemment au Lotto").

Ainsi, j’ai particulièrement apprécié l’idée du chapitre onzième « Chercher dix raisons de s’aimer et de se détester », qu’il conviendra d’estimer positivement ou négativement par des + et des -. La conclusion s’imposant d’elle-même : si les « - » l’emportent largement , filez voir un psy ; si par contre, les « + » dominent : faites de la philosophie! Au cours du chapitre vingtième « S’écouter parler tout seul », l’exercice prendra fin et aura porter ses fruits à partir de l’instant où l’on aura réussi à ne parler que de choses intéressantes et ainsi, cesser de s’emmerder soi-même ; la phase suivante consistera à parler à autrui. Le chapitre trente-cinquième « Suivre quelqu’un dans la rue », aborde le précepte bouddhique de l’abolition du moi par l’« extraspection »…

Je me garderai de déflorer les propos de cet ouvrage qui, s’il ne se révèlera être un pilier du vingt-et-unième siècle, trouvera certainement sa place aux côtés de Pierre Hadot, «La Philosophie comme manière de vivre», et Roger-Pol Droit, «101 expériences de philosophie quotidienne».


15:08 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

05/05/2004

temps nécessaire pour capter l'éphémère
























Je vis dans l'ombre d'une chambre claire...

16:07 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

03/05/2004

interlude

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20:32 Écrit par jibi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |